La rue des allocs, Docuréalité ou misérabilisme ?

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M6 a surpris tout le monde lors de la diffusion, le 17 août de La Rue des Allocs. Inspiré du programme anglais Benefits Street, L’idée était de montrer la vie avec moins de 1 000€ par mois.
Ils ont installé leur équipe de tournage durant six mois dans un quartier d’Amiens, un des plus pauvre de France et ont été à la rencontre de potentiels «candidats» parfaits pour leur sujet.
Gros plan sur les canettes de bière, quelques phrases pleines de sous-entendus par la voix off.

« Quand Philippe a des problèmes, il boit, et il a beaucoup de problèmes.»
Clichés tenaces, entre courses banque alimentaire, prêt de quelques pièces de la part des uns et des autres pour payer une canette de bière, les impayés de loyers et les menaces d’expulsion, les petites combines pour avoir un peu plus d’argent, ou une maman qui essaye de cumuler des emplois pour faire vivre sa famille tandis que son compagnon au RSA se passionne pour le tuning, le mec qui avec sa bonne quarantaine ne sait pas faire ses papiers doit poser un dossier de surendettement. La production a été jusqu’à filmer des frigos quasi-vides mis à part la bière et la pâtée pour le chat. En somme, la famille groseille est transposée en 2016.

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C’est là où l’émission met mal à l’aise. À certains moments, il est difficile de savoir si on est dans un documentaire, dans un sketch ou dans une télé-réalité bien trop voyeuriste. Certains des protagonistes sont difficiles à comprendre, la voix off répète inlassablement qu’ils attendent le jour où les allocations tombent. Ils inspirent la pitié.
Cependant, on observe aussi d’autres personnes dans ce documentaire, comme Marie-Jo, veuve avec cinq enfants dont un de seize ans à charge, qui s’occupe des gamins du quartier. Une sorte d’ultra maman, toujours là pour les autres et qui essaye de garder un logement décent malgré les trente années passées dans sa maison sans jamais une seule réfection de la part des bailleurs sociaux. Le reportage interroge certains problèmes et les pointe du doigt. Il permet tout de même de tordre le cliché selon lequel la vie aux allocs c’est proche du Club Med.
Ce qui gêne dans La Rue des Allocs, au-delà du titre même qui se veut ouvertement provocant, c’est que le cliché du pauvre Franco-Français, qui n’hésite pas à dire « 3 bananes » à un Africain venu pour acheter sa camionnette. Parce que pour M6 qui n’hésite pas à réaliser des reportages sur les ultras riches en glorifiant leur réussite, le pauvre est forcément bête, raciste et alcoolique. Ce qui gêne dans la rue des allocs, c’est que certains sont comiques malgré eux, parce que face à tant de pauvreté le mécanisme employé par la ménagère qui regarde et qui ne vit pas ces soucis, c’est de se moquer, en espérant ne jamais subir le même sort. Les candidats de télé-réalité, eux, sont conscients de leurs ridicules, ils en jouent, s’en amusent. Leur but est de faire parler d’eux même si c’est en inventant une «guerre mondiale de 1978 ». Là, c’est différent, parce que les protagonistes n’ont pas décidé d’être des Nabilla de la pauvreté, on leur a imposé un concept qui forcément finit par les tourner en ridicule.

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